À la rencontre de deux poètes ligériens Jean-Claude Lamatabois et Yves Cosson

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Le 22 10 216, dans le cadre de l'association Aurore Etoilée : http://www.aurore-etoilee.fr/ , Je me suis glissé dans l'oeuvre du poète Yves Cosson

 

Je vais commencer par quelques mots que j’emprunterais à Victor Hugo : “ Tout ce qui est mort, comme fait, est vivant comme enseignement.” Je sais qu’ils résonneront à n’en pas douter dans les creux de chaque pierres de cette demeure.

 

L’enseignement, héritage de vie, que nous ont laissé, les érudits de mots, les passeurs de rêves, les visionnaires de notre monde, les poètes qu’étaient...qui sont...encore et pour toujours gravés à jamais dans nos cœurs, rangés dans nos mémoires, Yves Cosson et Jean Claude Lamatabois.

 

Non par galvaudage, mais par affinité et respect, je m’autoriserais à tutoyer la mémoire de ces deux hommes.

 

Yves disait : Le poète est un marchand de plaisirs qui ne coûtent rien il suffit d’avoir la patience d’écouter.

 

Comme des pâtisseries craquantes sous la dent, les poèmes se savourent. Ils vous mettent l’eau de la vie à la bouche. Ils disent la tendresse du cœur, la fantaisie des rêveries, la beauté du monde, la douceur des regards d’enfants, le charme du sourire des femmes.

 

Marchand de plaisirs,

Marchand d’oublies,

Donneur de joie,

Le colporteur des merveilles passe …

Et au plaisir !

Oui, au plaisir d’être vos enfants, Messieurs les poètes !

 

Au plaisir de savourer l’une de vos pâtisseries craquantes aux pieds des marches du passage de la Pommeraye ou plus exotiquement au pied du phare de la plage de Villes-Martin à Saint-Nazaire.  Là, où les transhumances des navires dessinent des chapelets d’acier, au loin, à l’horizon.

 

Chapelet… comme un collier de perles sur lesquelles sont gravés, écrits par amour, un par un, les poèmes adressés à une femme, aux dames, à une citée, une ville : Châteaubriant,  Gaby, Nantes.

 

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Mais il faut de la patience, comme dit le poète !

On l’acquiert au fil du temps, parfois au rythme d’une ville, d’une rue, comme cet homme de lettres Yves Cosson né le 21 avril 1919, ici, à Châteaubriant par un lundi de Pâques, sous la neige.

Une venue au monde sous le signe, en effet, hautement positif d’un double symbolisme ; d’abord, du point de vue religieux chrétien, récurrent dans l’œuvre : le poète reçoit la vie au lendemain de la victoire de Jésus sur la mort. Puis, littérairement dans la maison si chère aux poètes médiévaux, de la « Reverdie » printanière, une « Reverdie » propre, bien sûr, à chanter la joie, l’amour.

 

Nous pouvons, si nous tendons l’oreille, encore l’écouter jouer, chanter, déclamer, là, tout près, rue de Couéré,  rue qui l’a vu naître.

 

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Pascale Serraud ( texte écrit pour l'occasion )

 

L’entendre jouer

 

Oui je l'entends jouer,

Ses rires volent en éclats

Je les vois finissant, brisés sur les pavés

Où raisonnent encore ses premiers pas.

 

Oui là, parmi vous, je l'écoute chanter

Aux vents les paroles d'enfants

Ou encore lire dans la pluie qui goutte

Les prières des hommes tremblants.

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Galopin en galoches dans les années 1930 ; Yves pouvait dévaler en courant, la Place des Terrasses jusqu’à la Chère, comme un enfant joyeux et déluré qui sillonnait la ville où on allait encore à pied. 

     

Première nocturne

 

Frise le temps, frise le vent

Les feuillages s'agitent

Mariée, douce mariée de mai

Sors de ton lit

Berceaux fanés du soir

Danse la gigouillette.

Au secret des buissons

La Blisière et la Forge

Frissonnent dans le noir.

Muet, secret, perdu

S’endort sans bruit

Le Pays de la Mée

Sous la fine résille

Des peupliers pourprés.

Pommiers, pommiers d’Amour

Les vergers s’abandonnent

Aux gauleurs de Toussaint.                

Belle dormant au Bois

Fille de l’Emigré

Pendu aux branches du couchant,      

La fille aux cheveux roux                                                

Perdue dans les fourrés d’antan,

Tu revivras Guenièvre

Viviane ou Mélusine

Françoise en ton château.

Cueillerons-nous encore

La sauge et la jacinthe

Le muguet de Juigné…

 

En sa robe de bal

Rose et mauve elle rôde

L’âme inapaisée

De mon pays muet.

9 Jocelyne Gautier, présidente de l'association Aurore Etoilée

Auteure du texte, et lecture

DANS  MON  STALAG 

Vois-tu mon ami, dans mon stalag,

Je n’ai cessé de prier et de croire dans l’homme,

Dans l’homme et la beauté des choses

Pour que dans mon jardin les poèmes éclosent.

 

Je n’ai cessé de poser des strophes sur des paysages,

Sur des boutons de roses,

Sur les plus beaux visages,

Et des rimes  sur les rires et les sourires d’enfants.

 

Une jacinthe au cœur d’azur,

Un hortensia bleu,

Et ton ombre Gabrielle

Se pare de tendresse et de chatons de saule.

Les mots simples de la vie,

Je les ai mis en poésie.

 

On me dit,  homme de plume,

Serait-ce, ainsi que l’on résume

Ma passion pour des mots griffonnés

Au gré de mes émotions, au gré de mes sensations ?

 

Entre rêve et réalité,

Souvent, je me suis évadé.

 

Mes amis disaient de moi

Que j’étais un marchand de courant d’air littéraire.

Je vous avoue que cela a tout l’air de me plaire,

Car, j’y ai trouvé ma voie.

7 Odile Boinière

Clin d'oeil au poète René-Guy Cadou lors de la lecture de :

 

La blanche école où je vivrai  

 

La blanche école où je vivrai

N'aura pas de roses rouges

Mais seulement devant le seuil

Un bouquet d'enfants qui bougent

On entendra sous les fenêtres

Le chant du coq et du roulier ;

Un oiseau naîtra de la plume

Tremblante au bord de l'encrier

Tout sera joie ! Les têtes blondes

S'allumeront dans le soleil,

Et les enfants feront des rondes

Pour tenter les gamins du ciel.

 

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Francine Lamatabois nous parle de son mari défun

2Jean Marc-Bourdet : http://www.facebook.com/lecarredjean/

Rapide biographie :

 

Jean-Claude s’était éveillé à la vie le 5 août 1943 à Gradignan, en Gironde, dans une famille ouvrière. C’était un esprit curieux, un boulimique d’activités qui voulait comprendre la vie.

A l’école, il notait au hasard, sur des cahiers qu’il appelait de « veille », ses états d’âmes, poésies, aphorismes et chroniques… Ces cahiers perdus ou enlevés par la mer nous auraient parlé des pays, des gens et des guerres qui marquaient les voyages de son époque.

Son premier grand désir était de devenir chef d’orchestre et aux études s’ajouta, avec sa grand-mère, la pratique du piano et les errances dans le Paris des artistes qu’elle fréquentait… Avec elle, il découvrit les nocturnes de Chopin qu’il affectionnait et la bouleversante méditation de Thaïs de Massenet. L’esprit en voyage, il rêvait de jouer de la musique en pleine forêt amazonienne.

Son second désir était en effet d’étudier la vie des indiens Jivaros, pour les défendre contre les multinationales qui incendient sans scrupule le poumon de la planète et, pour le réaliser, il apprit des éléments d’ethnologie en faculté ou à Paris, au muséum national d’histoire naturelle.

Faute de moyens financiers, il ne fut ni chef d’orchestre, ni chef explorateur mais sortit de l’école d’hydrographie avec le brevet d’officier mécanicien de la marine marchande et il embarqua d’abord au long cours.

Marin, il fit son service militaire dans la Royale et fut envoyé en Polynésie où il participa aux essais nucléaires aériens comme chef mécanicien à bord du LCT 9098. C’est ainsi que, dès le 2 juillet 1966, il a été contaminé de manière irrémédiable par le premier tir atmosphérique - nom de code « Aldébaran » - et qu’il a connu les blessures terribles de la plus folle des machines de guerre inventées par les hommes.

Marié, deux enfants, devenu marin portuaire sur remorqueur à Saint-Nazaire et en Afrique, il s’immerge dans une intense activité militante, politique et syndicale. Ses amis, ses camarades ouvriers et intellectuels, l’encouragent à l’écriture et la littérature devient une passion douloureuse et joyeuse, un hymne à la vie.

Lorsque la maladie l’immobilisa, que l’irradiation lui déclencha six cancers, choyés par les siens, il transforma les douleurs physiques en leçons de vie, publiant une trentaine d’ouvrages : romans, poésies, nouvelles, essais qu’il illustrait de ses dessins et de ceux de ses amis.

Il ne s’est jamais isolé dans une « tour d’ivoire » mais a toujours fixé à son voisin de planète, à son frère, un rendez-vous au bout de chaque poème, de chaque phrase et de chaque trait de lumière de ses dessins et peintures.

Jean-Claude aimait les gens et chacun de ses titres est un hymne au bonheur bercé par un idéal de fraternité, de paix et de liberté qu’il n’a jamais renié. Il voulait changer la vie et, lorsque je ferme les yeux, il est là, debout au milieu d’une clairière de la forêt amazonienne, donnant le tempo du chef, à un orchestre de Jivaros accompagné d’un chœur de perroquets écarlates dans l’éblouissement et le parfum des orchidées.

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Extrait de « Navigation à l’estime » page 19 :

 

« Mes phrases s’étirent sur de longs parchemins et chaque texte féconde le suivant. Ensuite, sur cette interminable partition, je dépose des soupirs, des demi-pauses… Ces silences installent dans l’imagination, la créativité, l’expression de phénomènes foudroyants.

Délicatement, ma vigueur poétique s’est modelée, s’est formée, d’après l’apparition de lointaines chimères, au fond de cette planète, telle que je l’ai parcourue. C’est une fièvre, une ivresse que d’apprendre à aimer l’univers… Plus humblement, cela veut dire également apercevoir son paysage intime… savoir se reconnaître. »

 

Poème :                                          Mirage d’un soir

 

Il faisait bon ce soir-là

Tel un ange du paradis

Tu voletais par-ci, par-là

Dans mon cœur attendri.

 

Le vent me fouettait le visage

Tes lèvres chuchotaient l’amour

Tu m’apparus telle un mirage

Tout comme au premier jour.

 

Le jour où l’on m’empêchera

De suivre la course des nuages

Je m’éteindrai, tout bas

Sans nom, sans âge.

 

Quarts de nuit - 1968

 

3 - Extrait de « Navigation à l’estime » page 20

 

« Si mon écriture semble se répandre en tous sens et que courent, au fil des textes…prose coupée de poèmes… quelques incertitudes lyriques, alors le pari de la réussite est gagné. Je suis à l’intérieur, comme à l’extérieur, ce qui veut dire que j’ignore le « vouloir paraître ».

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Noëlle Ménard, Chancelier de l'accadémie littéraire de bretagne et des pays de la Loire, nièce du poète Yves Cosson, venue nous rejoindre pour quelques anecdotes et lectures de l'oeuvre de son oncle.

 

Mes amis poètes, auteurs, Comédiens

 

14753894 10211259098340076 8066179578559105580 oThérèse-André Abdelaziz, romancière : http://lesromanciersnantais.com/membres/andre-abdelaziz-therese/

JARDIN  DU  PERE

 

Le vieux pêcher aux quatre pêches est mort

Est mort le rosier nain  

Morte la treille aux raisins secs

Il va pleuvoir sur le jardin  du père

Pourquoi  retournerais-je  aux jeux d’enfance

Le charme jaune  a des fruits d’or                                        

Dscn46672 1Nadia Bousnoun, responsable du théâtre Puzzle Nantes: http://www.theatrepuzzle.com/

Clin d'oeil au poète René-Guy Cadou

 

Destin du poète

Le soir qui bouge son oreille

Comme un vieil âne abandonné

Le dernier corset d'une abeille

Oublié sur la cheminée

La cloche triste de l'asile

Et le pas qui répond au pas

Dans la mesure où ce qui veille

Encourage ce qui n'est pas

L'oiseau qui tombe sur la pierre

Le sang qui tombe sur le cœur

La bonne pluie des réverbères

Qui donne à boire au malfaiteur

Le trou d'aiguille par où passe

Le fil ténu de la clarté

La bobine du temps qui roule

Sous les lauriers sous les sommiers

Mais se savoir parmi les hommes

En un présent aventureux

Une petite lampe à huile

Qui peut encore mettre le feu.

14633288 10211259096940041 8104568276387519974 oMichel L'hostis Poète NANTAIS

Lecture d'un poème de Jean-Claude Lamatabois

VACANCES, VERTIGES,

 

La bouche est pleine,

Les palabres familières s’entrecroisent,

Secouent les dents malades.

Histoires pour les lèvres de Thérèse.

As-tu des nouvelles de Douala ?

Depuis, notre pirogue a dû

S’enfouir, appartenir à la lagune.

Nous allons renaître et vivre enfin

Au présent, figer les tours du silence,

Inciser la grisaille

Au pays des algues folles

Et nous amarrer le soir près des tuiles blanchies.

Tu découvriras sur l’étrave de ton boutre

Entre chien et loup

La passion accrochée à ton heureux tourment.

Pinasse, boutre !

Voilà notre jonque qui revient épouser les fumées rouges,

Les témoins sont les poissons légendaires

De Zanzibar.

Pieds nus sur la vergue légèrement oblique

Nous attouchons les bourrasques en vacances.

 

Dscn46691Yann Malau chanteur, compositeur, artiste de la scène nazairienne:

http://www.facebook.com/yann.malau?fref=ts

La fin en chanson avec son dernier album L'amour Araigné

 

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Salut final

 

                                

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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