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Mes proses poétiques

Des écrits rédigés en un jet, avec la seule contrainte que de suivre le film interne des images qui parfois se bousculent, se télescopent, mais qui finissent toujours par s’entremêler, par se marier pour mon plus grand plaisir et le vôtre, je l’espère.

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http://www.youtube.com/watch?v=klPZIGQcrHA&index=7&list=RDrrVDATvUitA

  • M’man

    M’man

     

    Je ne suis pas beau M’man !

    Je ne suis pas beau ni en dedans, ni en dehors. Je suis transparent m’man !

    Les tourments ont marqué ma peau de leurs griffes acérées. Ils ont creusé des rides profondes pour dessiner des marques d’andins, non stabilisés, à la surface de mes mains esseulées.

    Alors comme elles, depuis, je glisse peu à peu au fond de mes poches, que mes yeux soutiennent.

    Mal à vie, souvent je survis, pour ne pas sombrer dans l’oubli. Dans ces moments de transe je vois mon dedans. J'aperçois mon âme cabossée qu’un couvercle déformé ne peut fermer. Il en déborde tant de choses qui n’ont pu y entrer. Tant d’arêtes franches, tranchantes comme des silex de granit dépoli me poussent au bord du monde.

    Je ne suis pas beau ni en dedans, ni en dehors. Je suis transparent m’man !

    Pourtant m’man je suis devenu grand !

    Je n’ai jamais su regarder par le dessous, car je voulais voir de haut. Du haut des tours des barres de HLM, où petit je voyais se poser les hirondelles en couple. Mais chaque fois un nuage les bousculait et trop souvent, je les ai vues tomber au pied des murs non achevés. Trop souvent, Je les ai vues agoniser dans les terrains vagues où tu n’aimais pas me savoir aller.

    Mais j’y rôde toujours !

    La zone, la rue, je les ai connues m’man !

    J’ai tant croisé de trottoirs trempés de la fonte des neiges grisâtres, de réverbères aux lumières froides, de portes verrouillées, humides des peurs d’un lendemain sans chemin.

    Alors… mes bottes que je ne porte plus, shootent encore dans les poubelles vides.

    M’man t’es partie trop vite !

    Tu sais ; je ne sais pas grand-chose de la vie, car tu ne m’as presque rien laissé. Juste l’espoir de devenir un homme, forgé des valeurs que tu lui as transmises. Si peu, pense-t-on ! J’en ai fait mon tout.

    Mais je ne suis pas beau m’man !

    Je ne suis pas beau ni en dedans, ni en dehors. Je suis transparent m’man !

    Caché, enfermé, j’écris, je délire, je soupire, je vis, j’oublie !

    J’oublie les toits des HLM, les hirondelles en couples, les aigles aux ailes brûlées qui dorment dans la chaleur de mon cœur dont le couvercle ne peut emprisonner.

    M’man…  Je n’ai pas choisi d’être ni beau en dedans, ni en dehors.

    Je n’ai pas choisi d’être transparent m’man, Mais je suis devenu grand avec la sagesse d’un enfant.

  • Te souviens-tu ?

    Te souviens-tu ?

    J’ai déposé au fond de mon sac le peu d’amour qu'il me reste. Un livre et un morceau de tissu, petit bout de soie, que tes mains couvertes de neige m’avaient offerte. Je me souviens de la frilosité de cette rencontre, de la timidité qui transpirait à tes lèvres en ce matin chargé d’émotions. De tes mots qui ne voulaient pas mourir au cœur de l’hiver et que tu retenais jalousement pour ne pas te perdre. Il me semble aujourd’hui que c’était hier. Je pense parfois à tes yeux profonds dans lesquels je me suis noyé, lorsqu’ils se sont plantés dans les miens. Aujourd’hui, je les ai enveloppés dans la chaleur douce de mes souvenirs, qui peu à peu filent sans que je puisse les retenir.

     

    Te souviens-tu ?

     

    De notre marche silencieuse au bord du quai, plongeoir arrogant qui pousse les marins sur des passerelles pour des départs lointains. De nos pas, qui à l’unisson avançaient lentement vers une destinée inconnue, au-delà des doutes qui s’enfuyaient, aidés par l’escalier de pierre dont les marches nous conduisaient vers le ciel laiteux, qu’on a rejoint au matin. De La musique des vagues venant se briser sur les pics pourfendeurs, mince défense d’un rempart luisant des éclaboussures de gerbes de cristal, qui se fracassaient à nos pieds trempés. Du vent, de sa caresse piquante qui nous griffait, qui teintait nos joues d’un rouge sang, presque brun, comme la braise agonisante d’un feu ; d’une flamme qui couvait en nous, et malgré l’insistance des bourrasques, elle n’arrivait pas à s'éteindre. De ce moment lumineux, rehaussés par un soleil blafard, qui reste là, au chaud, au cœur de mes sentiments, comme une auréole blanche, presque transparente ?

     

    Te souviens-tu ?

     

    De ce livre aux couvertures encore tièdes de tes mains, et dont les pages que nous avions couvertes de mots, de déliés, de phrases, de vie, devenues soudainement orphelines, devenues simple ouvrage abandonné ?

     

    Ces pages se sont tournées trop vite. Le souffle de la jeunesse les a bousculé, peu à peu, lorsque tes joues, comme les miennes, se sont creusées. Les rides, comme des sillons profonds, s'y sont installées au point de former des tranchées, premiers vestiges d’une guerre perdue. Puis tes cheveux sont devenus fils argentés, et lentement ils se sont teintés d’un blanc bleuté. Ils ont fini par tomber, alors comme des automates fous ont les ramassaient à pelle, comme on le fait avec les feuilles mortes qui ne croient plus à la belle saison.

     

    Te souviens-tu ?